La grève de ce jeudi 15 mai, contre les suppressions de postes et les heures supplémentaires, a finalement été moyennement suivie, puisque c’est un peu moins d’un agent sur 2 qui était en grève. Pour notre académie, c’est environ 1/3 des enseignants (1er et 2nd degrés confondus) qui ont voulu marquer leur désaccord avec les perspectives gouvernementales pour la rentrée scolaire à venir.
Il faut bien dire que depuis un an, dans notre ministère, de nombreux dossiers sont “ouverts” (formation initiale, formation professionnelle, mobilité, conditions de travail, HSA défiscalisées, programmes scolaires, horaires du primaire, accompagnement éducatif, bac pro 3 ans, contractualisation, socle commun, retraite, réforme du lycée, évaluation au mérite, etc.) et personne ne connaît véritablement les perspectives ministérielles.
Alors les enseignants, plébiscitant pourtant, par exemple, majoritairement les nouveaux programmes du primaire, mais majoritairement grévistes jeudi, sont-ils inextricablement hostiles à toute réforme ?… Nous ne le pensons pas. Et quiconque voudrait traduire les taux de grève comme une condamnation sans appel de tous les projets ministériels se tromperait. Ou tenterait une récupération…
Non. La vérité est assurément plus subtile. Certes, les suppressions de postes et l’augmentation des HSA sont dénoncées. Dans le principe. Dans la réalité du pouvoir d’achat en plein marasme, chacun se débrouille : OUI, il faudrait davantage d’enseignants et d’adultes dans les établissements pour des enseignements plus individualisés et moins d’incivilités. OUI, il faudrait remplacer ces heures supplémentaires par des postes en plus aux concours pour permettre aux jeunes inscrits à l’IUFM de trouver une insertion professionnelle. OUI, il faudrait des salaires plus élevés pour ne pas avoir à s’interroger sur l’acceptation de 2 ou 3 heures supplémentaires proposées qui permettront de “boucler les fins de mois” un peu plus sereins qu’avec le seul salaire “de base”…
Mais en même temps, cette politique du “toujours plus de moyens” a un coût. Chacun en est conscient. Et des fonctionnaires en plus, ce sont des dépenses de la nation en plus. Ce sont des impôts (ou de l’endettement public) en augmentation. Personne ne l’ignore. Alors pourquoi faire grève ? D’abord pour dire “stop” : Monsieur le Ministre, n’ouvrez pas autant de “chantiers de réformes” en même temps ; laissez-nous du temps pour nous adapter à ces difficiles évolutions ! Ensuite, expliquez-nous, exposez-nous concrètement vos objectifs, même s’ils sont peu attirants. Car le contexte géo-politique ne permet pas à notre nation de poursuivre sans fin des dépenses publiques non maîtrisées. Nous le savons bien !
Dans le même temps, acceptez de tout regarder : par exemple, les exonérations fiscales votées en juillet dernier et qui ont privé notre pays de recettes. Et ne faites pas de surenchère en évoquant un nouveau chantier comme la redéfinition (restructuration ?) des dispositifs de remplacement ! Et ne parlons même pas du Président de la Rpublique n’ayant trouvé comme idée un jour de grève que la seule perspective de légiférer sur le service minimum d’accueil dans le 1er degré… Vous avez dit “provocation” ?…