Xavier Bertrand, ministre du Travail et de la Solidarité a transmis dimanche 27 avril 2008 un texte de huit pages aux partenaires sociaux qui contient les propositions qui font l’objet d’un nouveau cycle de concertation. Ce texte prévoit que des textes réglementaires et législatifs viendront prochainement concrétiser ces orientations, le gouvernement souhaitant par ailleurs dépasser l’horizon de 2020 retenu par la loi de 2003.
Le texte de Xavier Bertrand comporte cinq parties. Après une introduction dans lequel le gouvernement confirme sa volonté de tout mettre en oeuvre pour assurer la pérennité du système de retraite par répartition et rappelle les étapes qui ont conduit au rendez-vous de 2008, le premier chapitre porte sur l’application de la loi du 21 août 2003.
Quatre dispositions figurent dans ce premier chapitre:
- L’allongement de la durée d’assurance à 41 années au 1er janvier 2012 à raison d’un trimestre par an.
- La reconduction du dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Notons que les conditions de régularisation de périodes anciennes seront réexaminées.
- L’objectif de 85% du Smic net après une carrière complète cotisée à temps plein et rémunérée au Smic est maintenu. Le gouvernement souhaite réfléchir avec les partenaires sociaux au système du minimum contributif et à la part des régimes complémentaires dans la réalisation de l’objectif de 85% du Smic net.
- Le transfert progressivement d’une fraction de la cotisation d’assurance chômage vers la Cnav est confirmé. Par ailleurs, le document souligne que les majorations pour enfants sont des avantages non-contributifs de retraite qu’il peut sembler logique de prendre en charge dans le cadre de la politique familiale.
UNE SANCTION EN CAS D’ABSENCE DE RÉSULTAT EN 2010
Le deuxième chapitre porte sur la nécessité d’amplifier la mobilisation pour l’emploi des seniors et comporte trois orientations:
- Mesures incitatives en direction des salariés qui ont cotisé la durée nécessaire pour obtenir une pension au taux plein. C’est une libéralisation complète du cumul emploi/retraite avec autorisation des reprises d’activité sans restriction, la possibilité de faire passer la surcote à 5% par année et une majoration de l’indemnité de départ en retraite pour les salariés qui dépassent la durée requise pour partir en retraite.
- Mesures à destination des entreprises et des administrations. Dans le privé, les branches et entreprises devront ouvrir des négociations sur l’emploi des seniors et parvenir à un accord avant le 31 décembre 2009 (un mécanisme de sanction serait mis en oeuvre à compte de 2010).
Dans le public, il est demandé aux employeurs d’engager une politique active en faveur de l’emploi des seniors pour tous leurs agents (titulaires ou non). Par ailleurs, le Gouvernement ouvrira une concertation sur les mises à la retraite d’office aux âges couperets actuels afin de donner aux agents publics qui le souhaitent le libre choix de prolonger leur carrière. Le document évoque également les spécificités de certains métiers, la nécessité de réformer l’Ircantec et le dispositif de surpensions versées aux anciens fonctionnaires résidant dans certains territoires d’outre-mer.
- Mesures à destination des demandeurs d’emploi seniors. Les mécanismes d’intéressement à la reprise d’activité pour les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans pourraient être optimisés à la faveur de la négociation à venir sur l’assurance chômage afin de compenser les écarts de salaires. S’agissant de la DRE (dispense de recherche d’emploi) le texte du gouvernement souligne qu’un relèvement progressif des conditions d’âge interviendra.
AUGMENTATION SUPPLÉMENTAIRE DES PENSIONS AU 1ER SEPTEMBRE 2008
Un troisième train de mesures est relatif à la concrétisation des engagements du Président de la République et du gouvernement en faveur des retraités. Trois thèmes sont abordés dans ce chapitre.
- Solidarité envers les retraités les plus modestes. Après le versement exceptionnel de 200 euros aux retraités les plus modestes, l’objectif poursuivi par le Gouvernement est que le montant de l’ASPA (allocation de soutien aux personnes âgées) pour les personnes seules soit, en 2012, supérieur de 25% à ce qu’il était en 2007. Cela suppose d’aller au-delà des revalorisations légales et d’envisager une revalorisation totale de l’ordre de 5% chaque année. Par ailleurs, des mesures seront votées dès 2008, notamment en faveur des conjoints et des veuves.
- Revalorisation des pensions de réversion. Le taux de réversion pour le régime général et les régimes alignés sera augmenté en trois étapes: 56% au 1er janvier 2009, 58% au 1er janvier 2010 et 60% au 1er janvier 2011. Revenant sur les dispositions contenues dans la réforme Fillon de 2003, un âge minimum sera rétabli pour l’ouverture du droit à une pension de réversion.
- Revaloriser les pensions de l’ensemble des retraités de façon à tenir compte de l’inflation réelle pour 2008 et revoir le mécanisme d’indexation des pensions. Afin de prendre en compte l’accélération de l’inflation, une revalorisation supplémentaire [une augmentation de 1,1% est intervenue au 1er janvier 2008] interviendra au 1er septembre 2008 pour l’ensemble des retraites du régime général, des régimes alignés et de la fonction publique. Par ailleurs, la revalorisation interviendra désormais au 1er avril de chaque année, comme pour les régimes complémentaires Agirc-Arrco. La règle sera ainsi plus claire pour les retraités et cela permettra de prendre en compte l’inflation constatée pour l’année n-1 et une prévision plus fiable pour l’année n.
RELEVER L’ÂGE DE LA RETRAITE N’EST PAS A L’ORDRE DU JOUR
Enfin disant partager la préoccupation exprimée par les partenaires sociaux de sécuriser le financement des retraites au-delà de 2020 afin de donner des garanties aux jeunes qui entrent ou viennent d’entrer sur le marché du travail, le gouvernement suggère de dépasser l’horizon de 2020 fixé par la loi du 21 août 2003, d’élargir le champ de la réflexion avec les partenaires sociaux sur un certain nombre de thèmes :
- Évolution du niveau des retraites. Prenant acte de l’impact sur le niveau des retraites de la règle de revalorisation des salaires des 25 meilleures années qui servent au calcul de la pension le gouvernement constate néanmoins sur la base des travaux du COR (Conseil d’orientation des retraites) que les propositions formulées représentaient à long terme des sommes très importantes, ce qui supposerait de trouver le moyen de les financer.
- Age de la retraite. Sur ce point le gouvernement se borne à prendre acte du refus des syndicats de relever l’âgé légal de la retraite et du souhait du Medef d’un relèvement progressif de l’âge de la retraite en mettant en avant les exemples étrangers et l’impact positif qu’aurait cette mesure sur l’emploi des seniors, en allongeant l’horizon professionnel pour les employeurs et pour les salariés.
- Avantages familiaux et conjugaux. Une réflexion est en cours au sein du COR et devrait déboucher sur un rapport avant la fin de l’année, différentes options pourraient être approfondies et débattues au sein de cette instance afin de préparer les décisions.
Enfin dans une cinquième partie, portant sur la méthode et le calendrier, le document de Xavier Bertrand souligne que sur l’emploi des seniors, la concertation doit se poursuivre activement d’ici juin. Pour proposer des dispositions législatives, ayant vocation à figurer dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale et le projet de loi de finances pour 2009.