LES FAITS ET RÉACTIONS OFFICIELLES
- Un professeur du collège Gilles-de-Chin à Berlaimont, près de Maubeuge, a été placé en garde à vue pendant 24 heures, après avoir giflé lundi 28 janvier 2008 un élève de 11 ans qui l’avait traité de “connard”… Il comparaîtra le 27 mars devant le tribunal d’Avesnes-sur-Helpe pour violences aggravées sur mineur.
- De son côté, le Recteur attend de “voir comment l’affaire évolue d’un point de vue judiciaire”, pour décider d’une éventuelle sanction. L’enseignant, dans un premier temps, sera reçu par le recteur et l’IA, qui lui signifieront que “son geste n’est pas normal”. Mais le rectorat ne souhaite pas pour autant “accabler l’enseignant”. Si l’enseignant souhaite porter plainte contre l’élève, le rectorat l’assistera. L’élève giflé a quant à lui été exclu trois jours de l’établissement.
- Le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darco déclare (jeudi 31/01/08) : “Bien entendu, je ne recommande pas les châtiments corporels et sans aucun doute ce prof a eu tort. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais on doit rester maître de soi. (…) Pourtant, moi, les exemples que j’ai tous les jours, c’est des profs qui sont victimes de violences, d’insultes, de parents qui les méprisent, de jeunes qui les bousculent“.
Le ministre déplore que les auteurs de ces violences, lorsqu’on les rattrape et on les interroge sur leurs actes, “ne comprennent pas ce qu’on leur reproche”: “Il y a une confusion dans les rapports d’autorité. Moi, fondamentalement, en général, indépendamment de ce cas particulier, je suis du côté des enseignants”, a-t-il affirmé.
NOTRE ANALYSE
Au delà de l’inadmissible “cabale médiatique” dont cette situation fait l’objet, tous les personnels enseignants savent bien que cela ne contribue qu’à mettre au grand jour les conditions dans lesquelles nous exerçons aujourd’hui trop souvent notre métier. Le manque ou l’absence de repères éducatifs, le manque ou l’absence d’habitude au respect et à des règles de vie en commun chez un nombre grandissant d’enfants aboutissent inévitablement à une multiplication des situations conflictuelles entre les élèves (voire leurs parents) et les enseignants. Quel enseignant peut aujourd’hui affirmer ne pas être quotidiennement exposé ? Quel enseignant peut aujourd’hui ne pas craindre un geste “malheureux” lorsqu’une situation de “non respect” des règles de vie dans l’établissement survient ? La tension trop importante, trop fréquente, provoque inévitablement le risque accru d’une gestion pas assez sereine des difficultés vécues en classe face aux élèves.
Les médias ont beau dire que d’habitude, ces situations de conflits sont résolues par des rencontres “à quatre” entre la direction de l’établissement, les parents, l’élève et le professeur, il n’en demeure pas moins que les statistiques de dépressions, demandes de “reconversion”, voire démissions de l’Education Nationale, sont en grande augmentation. Et ce, malgré un nombre d’enseignants dans l’académie en baisse de plus de 10% en 10 ans, rien que pour le 2nd degré… Ajoutons à cela les récentes statistiques (en forte hausse également) de dossiers suivis par la Fédération des Autonomes de solidarité. Il n’est pas besoin d’être diplômé de “grandes écoles” pour comprendre et constater que les conditions d’exercice de notre profession ne sont pas en amélioration, loin s’en faut.
La balle est maintenant dans le camp de ceux qui nous gouvernent et sont nos employeurs. La candidat Sarkozy avait promis la restauration du respect des professeurs. Il avait promis que sous sa présidence l’élève comprendrait qu’au delà des droits, il a aussi des devoirs… Qu’en est-il aujourd’hui ? La restauration des valeurs et du respect semble oubliée… La formation continue inexistante ne permet pas de former les personnels aux risque de l’évolution “judiciarisante” de la société… Pire : on évoque (ou laisse courir le bruit de) l’évaluation des enseignants en fonction des résultats des élèves, voire carrément notés par les élèves ou les parents… Ce n’est vraiment ni ce que nous attendons, ni ce dont nous avons besoin !