Le rapport Attali, via le chapitre intitulé “Au commencement, le savoir”, traite, entre autres, des évolutions à apporter au système éducatif français : La préoccupation du résultat doit aujourd’hui primer sur la simple exigence de moyens. Les dernières pages du rapport reprennent les “décisions fondamentales” retenues par la commission pour “une éducation qui forme des générations créatives et confiantes”. Plusieurs “décisions” concernent ainsi le primaire et le secondaire :
- Repenser le socle commun pour y mettre en plus le travail en groupe, l’anglais, l’informatique et l’économie : selon la commission, tous ces objectifs doivent être introduits sans pour autant alourdir la charge horaire des enfants ;
- Prendre les moyens pour éviter les redoublements dans le primaire ;
- Accorder plus d’autonomie aux établissements primaires et secondaires : une liste de recrutement nationale constituant un “vivier” doit être établie, les établissements y puiseront pour embaucher leurs professeurs. Cette autonomie sera “complétée” par des moyens spécifiques pour les écoles des quartiers et des banlieues défavorisées ;
- Évaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves et “l’évolution ultérieure de leurs élèves” ;
- Permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants : des droits à l’école seront attribués à chaque enfant. En pratique, l’État affectera une somme d’argent par parent d’élève. Par ailleurs, les tutorats et l’apprentissage en ligne devront être favorisés, pour aider les 300 000 élèves qui sortent du CM2 sans maîtriser les fondamentaux ;
- Pour permettre à tous les jeunes d’accéder aux meilleures études, le rapport propose de généraliser les études du soir, d’étendre les internats de réussite éducative, de développer le tutorat des élèves de ZEP, etc.
- Refonder l’information sur l’orientation sur les carrières et prendre davantage en compte les aptitudes “non académiques”: créativité, dynamisme, motivation ;
- Développer les stages en entreprises : chaque collégien effectuera à partir de la 4ème une semaine de stage par trimestre ;
- Lancer des concours d’innovation : les collèges et lycées qui le souhaitent doivent pouvoir entrer en relation avec les universités, des centres de recherche et des entreprises pour organiser des “concours d’innovation” à destination de leurs élèves ;
- Mettre en place au collège un service civique hebdomadaire, afin d’éveiller les élèves au travail associatif “un après-midi par semaine”: activités de soutien à l’égard des personnes âgées, handicapées ou en difficulté. Ce service civique doit être généralisé dès la rentrée 2008. Cette mesure suppose l’allégement substantiel de la pression exercée par les services déconcentrés de l’Éducation nationale pour faire respecter les programmes actuels et les cursus, et une plus grande autonomie laissée aux directeurs d’établissement pour l’organisation des emplois du temps, précise le rapport.
Notre avis : Plusieurs “décisions” de ce rapport (recrutement local des personnels, évaluation des enseignants sur les résultats de élèves, généralisation de la culture du “résultat”, plus ou moins “privatiser” l’école en affectant une somme d’argent à chaque parent) s’opposent fondamentalement à nos demandes.
D’autres iraient au contraire dans le “bon sens” (évolution du socle commun, développement des liens “école-entreprise”, inciter les capacités d’imagination et d’innovation des élèves, renforcer les moyens du primaire, développement du civisme de l’élève).
Un certain nombre méritent des éclaircissement, comme la refonte envisagée de l’information à l’orientation et le développement de l’encadrement “après l’école”.
En conclusion, au delà de la présentation “dirigiste” de ce rapport qui peut choquer (un rapport propose une étude et des pistes, mais les “décisions” appartiennent au législateur), des menaces fortes s’expriment, en particulier sur les statuts des personnels et des établissements. On peut d’ailleurs s’interroger sur le “croisement” des “décisions” de ce rapport avec les conclusions pas encore rendues de la commission “Pochard”, chargée de plancher sur les conditions des métiers de l’éducation…Les quelques pistes intéressantes sont soumises aux éventuels arbitrages budgétaires (car nécessitant des “moyens”, dont le rapport lui même indique que c’est une culture dépassée)… Enfin, les changements profonds sont “brutalement” envisagés. Nous sommes bien conscient que des évolutions de notre système éducatif sont nécessaires. Nous en revendiquons également. Mais nous sommes convaincus, qu’aucune évolution n’est possible sans l’accord des personnels. Quant à une révolution…